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le dindon de la farce

  • Photo du rédacteur: Stacy Alice
    Stacy Alice
  • 4 janv. 2019
  • 6 min de lecture

Chapitre 4


Je ne sais pas combien de verre de vin m’a servi Leia depuis que je me suis installée à table, mais je suis certaine que cet appartement n’est pas supposé bouger. Je ne pense pas non plus que je mérite d’enregistrer un album, mais ça ne m’empêche pas de pousser la chansonnette ici, en plein milieu du salon, entourée d’une dizaine de personnes que je ne connais pas vraiment.

— I don’t care about the presents underneath the christmas tree…

Je me tourne juste à temps pour voir Noël continuer la chanson de Mariah Carey pour notre duo improvisé sur All I want for Christmas. Un incontournable !

— I just want you for my own…

Et mon cœur loupe un battement. Le regard brillant, les lèvres humides, le visage souriant et cette façon qu’il a de bouger ses hanches ! Je vais perdre la raison. Je ne suis même pas certaine de prononcer les bonnes paroles quand vient mon tour, ni même si je suis un tout petit peu en rythme ou si seulement un seul son franchit mes lèvres. Je suis totalement hypnotisée par l’homme à la voix de velours qui passe un bras autour de ma taille et me fait basculer en arrière. Je sens mes cheveux s’envoler et revenir fouetter mon visage quand il me redresse, mais le sourire béat sur mes lèvres refuse de disparaître. Les dernières notes retentissent au moment où les applaudissements résonnent dans le salon. Noah se met à crier, tout comme un autre de ses amis. Mais je reste plantée comme une statue devant Noël qui ne m’a toujours pas lâchée. Je sens son souffle sur mes lèvres, chaque muscle de son torse contre ma poitrine, la chaleur apaisante de sa peau. Je sais qu’à l’instant où il ne me tiendra plus je m’effondrerais sur place. L’alcool est vraiment monté trop vite, je n’ai plus du tout d’équilibre.

— C’est à moi maintenant ! intervient soudain la grande blonde.

Toute la magie de l’instant disparaît, la petite bulle dans laquelle je me trouvais éclate en mille morceaux. Elle arrive à côté de nous, m’arrache le micro des mains et attrape le bras de Noël pour l’attirer vers elle. Malheureusement, son geste lui fait lâcher prise et dans un instant de pure confusion, je trébuche une ou deux fois avant de me rattraper à une chaise qui perd à son tour l’équilibre et tombe au sol en m’emportant dans sa chute. Une douleur cinglante me transperce soudain le crâne et je laisse échapper un cri, posant ma main sur mon front alors que je me retrouve à genoux à côté de la table du dîner.

Je me sens terriblement gauche et j’ai légèrement envie de vomir. Autour de moi, plus personne ne parle, ce qui est encore pire. Je vois flou, mais c’est sans doute à cause de l’alcool. Et soudain, deux personnes se matérialisent à côté de moi. Je sens des mains me toucher, me soutenir, écarter la mienne de mon front.

— Mon dieu, Swan, ça va ?

Je reconnais la voix inquiète de Leia, mais les doigts qui tiennent mon bras et ma tête sont bien plus ferment que les siens.

— Swan ?

Je bats des paupières et tourne le visage vers Noël. Il ,n’y a plus aucun bruit autour de nous, comme si tout le monde retenait son souffle. Il est penché au-dessus de moi, le regard inquiet et l’air en colère. Contre moi ? C’est pas comme si j’avais fait exprès de tomber. Mon estomac se contracte et je sens comme une sueur froide rouler dans mon dos.

— J’ai envie de vomir, gémis-je.

Avant même que j’ai terminé ma phrase, mon Père Noël me soulève et me soutient à travers le couloir jusqu’à la salle de bain. Sans trop de mal, je me laisse tomber à côté des toilettes, mais je ne fais que poser ma tête contre le carrelage froid du mur.

— Tu vas avoir une belle bosse, grogne-t-il en s’éloignant.

Je ferme les yeux, honteuse, espérant pouvoir passer le reste de la nuit ici sans affronter le regard de personne. Mais soudain, quelque chose de froid se pose sur mon front, me faisant grimacer.

— Désolé, mais ça va atténuer la catastrophe, me précise Noël.

Je refuse d’ouvrir les yeux, je ne veux pas voir ce qu’il pense de moi. Je suis plutôt maladroite, du moins quand je suis ivre ou mal à l’aise, mais là je crois que je viens de battre mon propre record.

— Swan, ça va ?

J’ouvre juste un œil pour voir Leia s’accroupir à côté de moi.

— J’ai fait fort, dis-je en grimaçant tout en évitant le regard de Noël. Désolée.

— Ne sois pas désolée, c’est certainement pas de ta faute, ajoute-elle entre ses dents.

— Tiens ça sur son front, lui ordonne Noël.

Et d’un seul coup, il n’est plus là. Moi qui voulais un tout petit peu l’impressionner, c’est complètement raté. J’aurais dû en reste au super dîner. Le coup de la chanson et de la chute, c’était sans doute un peu trop.

— Tu as mal ? me questionne Leia d’une voix inquiète.

— Juste à mon égo.

Et brusquement des voix s’élèvent dans l’autre pièce. Je tourne instinctivement le regard vers la porte, mais évidemment, je ne vois rien.

— Parce que c’est de ma faute si elle ne sait pas marcher ? s’énerve l’ex-femme de Noël.

— Ne fais pas l’innocente, Catherine, réplique Noël d’un ton menaçant.

Mon regard croise celui de ma meilleure amie qui semble exaspérée.

— Je ne vais pas aller m’excuser parce que cette pauvre fille a trop bu !

Une légère colère monte en moi, mais je suis effectivement trop ivre pour me lever et aller lui défoncer son joli nez. En plus de ça, la main de Leia sur mon front commence à être douloureuse.

— Tu ferais mieux de t’en aller, intervient Noah de sa voix autoritaire mais toujours très calme.

Le silence s’impose encore une fois. Je repousse la main de Leia et maintient moi-même la poche de glace. Son regard est soulagé, mais sa grimace est désolée.

— J’avais dit à Noah que c’était une mauvaise idée d’inviter cette connasse.

— Pourquoi il l’a fait ?

Elle soupire et s’assoit à côté de moi contre le mur.

— Elle fait partie de leur bande depuis longtemps. Noël et elle sont sortis ensemble au lycée et se sont mariés pendant leurs études de médecine. Ça fait vraiment longtemps qu’ils se connaissent et le divorce a compliqué les choses dans le groupe. Noah a voulu rester impartial, mais quand on sait ce qu’il s’est passé, je t’assure qu’elle ne mérite aucune pitié. Cette femme est une garce, ajoute-elle en me lançant un regard entendu.

— Ils sont divorcés depuis combien de temps ?

— 10 mois, répond une autre voix.

Je sursaute et me tourne à nouveau vers la porte. Noël s’approche d’un pas déterminé, le regard sombre.

— Désolée, je ne voulais pas…

Il me coupe avec un simple regard alors qu’il est accroupi devant moi. Je serre les lèvres, ne pouvant m’empêcher de regarder les siennes. Délicatement, il repousse ma main et retire la poche de glace de mon front.

— Elle est partie ? demande Leia en se levant.

— Ouais.

Sa simple réponse laisse entendre du soulagement mais aussi de la colère. Je n’aime pas être face à une personne autant sur les nerfs, ça me stress et quand je stresse je dis n’importe quoi.

— Elle n’a pas pu faire sa chanson, dis-je d’une voix désolée.

Noël croise mon regard et grimace un sourire.

— Il faut être deux pour faire un duo, elle ne l’a pas encore compris, réplique-t-il en reposant la poche sur ma tête.

J’ai comme l’impression qu’il ne parle pas seulement de la chanson, mais je ne suis pas tout à fait en état d’analyser ses paroles. Je ne fais que froncer les sourcils mais le geste est douloureux. Du bout des doigts, mon sauveteur repousse quelques mèches de cheveux qui tombe sur mon visage, laissant traîner sa caresse le long de ma joue. J’en frissonne, mais essaye de le cacher.

— Tu as mal ailleurs ?

— Non, je crois que j’ai juste besoin de prendre un antidouleur et de dormir en espérant que ce n’était qu’un rêve.

— Je vais te préparer un lit, intervient Leia que je pensais être partie.

Visiblement, elle sait se faire très discrète pour m’espionner.

— Non, je vais rentrer chez, dis-je en protestant.

J’essaye de me lever, mais Noël secoue la tête.

— Il ne vaut mieux pas que tu restes seule cette nuit. Par précaution.

Leia prend ça pour un ordre du médecin et s’éclipse. Penchant la tête sur mon épaule, je le fixe les paupières plissées.

— Et qui te dis que je vis seule ?

Je dois avoir une tête drôle puisqu’il retient un rire et hausse une épaule désinvolte en répliquant :

— L’espoir, sans doute.

Je fonds. Assise comme une pochtronne sur le sol de la salle de bain, une grosse bosse sur le front et un sourire idiot sur le visage, je suis en train de craquer pour le Père Noël de la soirée.


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