le dindon de la farce
- Stacy Alice

- 4 janv. 2019
- 6 min de lecture
Chapitre 3
Épongeant un peu de sueur de mon front, je me dirige vers la fenêtre pour faire entrer un peu d‘air frais. Il fait vraiment chaud dans cette cuisine, et pourtant j’ai l’habitude. Sirotant mon verre de vin, j’admire la vue sur les collines Alsaciennes en attendant que l’alarme du four sonne. Je ne peux pas miraculeusement cuire une dinde farcie en quelques minutes, j’ai donc changé de plan, surtout que la dinde est définitivement immangeable. Impossible de la sauver. La pauvre gît encore là, sous mon nez, de l’autre côté de la fenêtre.
— Ne dis rien !
Je sursaute, décidément c’est ma soirée, et fait volte-face pour voir Noël s’accroupir sous le plan de travail, le souffle court. Il a abandonné son manteau, son bonnet et sa fausse barde, restant en marcel blanc et pantalon rouge.
Wow ! Ses biceps n’étaient définitivement pas rembourrés par le costume.
— Qu’est-ce que…
Il porte un doigt à ses lèvres et m’enjoint à me taire, les yeux écarquillés. Fronçant les sourcils, je regarde la porte et vois arriver une grande blonde ressemblant à Claudia Schiffer dans ses années de gloires, qui me fixe telle une vipère prête à attaquer.
— Bonsoir, dit-elle avec un sourire charmant.
S’avançant d’un pas lent et précis dans ses chaussures d’au moins douze centimètres de haut et sa robe moulante dorée, elle inspecte la cuisine.
— Vous n’auriez pas vu Noël ? me demande-t-elle enfin, s’apprêtant à faire le tour du plan de travail.
Devant moi, l’intéressé me lance un regard suppliant en essayant de se faire le plus petit possible. Comment pourrais-je le vendre alors que Noah s’est déjà bien moqué de lui depuis le début de la soirée ? Décidant de l’aider, je m’approche de l’endroit où il est caché et me plante devant l’enclave où il s’est glissé pour dissuader la blonde de faire le tour.
— Non, je ne l’ai pas vu depuis un moment. Enfin, si vous parlez bien du type en Père Noël, parce que je ne le connais pas alors je ne vois pas pourquoi je…
Je m’interromps brusquement en sentant un léger coup contre ma cheville. Serrant les dents, je me retiens de gémir et adresse un large sourire innocent à Claudia Schiffer. Pendant un instant, elle me regarde curieusement, plissant les paupières. J’attrape mon verre pour en boire une nouvelle gorgé, essayant de paraître le plus naturel possible. Finalement, elle cède et me sourit à son tour.
— Si jamais vous le voyez, prévenez-moi. Je ne pensais pas que cet appartement était aussi grand.
Je hoche la tête, essayant d’avaler mon vin sans tousser alors que les doigts de Noël s’enroulent autour de ma cheville.
Oh seigneur ! Est-ce qu’il me caresse la cheville ?
— Vous allez bien ?
Je hoche frénétiquement la tête et m’évente de la main tout en forçant le vin à descendre dans ma gorge.
— Oui. Ça va, j’ai… j’ai juste un peu chaud.
Les doigts du fugitif se font plus insistants, caressant maintenant mon mollet. Je ne peux pas lui dire d’arrêter, ou même le regarder sans que son assaillante ne comprenne qu’il est caché là. Alors je ne fais que la fixer avec un air idiot. Elle sourit à nouveau, me laissant me demander si ce sont ses vraies dents, tellement blanches et parfaitement alignées. Elle regarde la fenêtre que j’ai ouverte et la pointe du doigt.
— Vous devriez vous rapprocher de l’air frais, on ne voudrait pas avoir à vous réanimer, plaisante-t-elle en s’en allant.
Je ris avec elle, mais le son se transforme en un grognement lorsqu’elle ressort de la cuisine. Sans perdre une seconde, fébrile, je recule de plusieurs pas pour que Noël ne puisse plus me toucher.
— Merci beaucoup, lâche-t-il en s’extirpant avec difficulté de sa cachette. Et désolé pour le coup de pied, votre excuse était un peu trop longue et commençait à être suspecte.
Se plantant devant moi, l’air de rien, il fait un pas dans ma direction, m’obligeant à reculer à mon tour pour me retrouver collée contre la plaque de cuisson.
— Je ne suis pas très douée pour les mensonges, avoué-je.
Croisant les bras sous ma poitrine, j’essaye de garder un peu de prestance, de paraître moins impressionnée que je ne le suis par l’homme qui se tient devant moi.
— C’est une bonne chose à savoir, dit-il avec ce petit sourire en coin.
Je refuse d’analyser ce qu’il vient de dire. De toute façon, mon cerveau n’en est pas capable en cet instant. Noël fait un pas de plus, son regard brillant scrutant mon visage comme il l’a fait dans l’ascenseur. C’est assez gênant, et en même temps, j’ai l’impression de me détendre sous son regard. Ce qui est très mauvais, car j’ai tendance à dire n’importe quoi quand je suis trop à l’aise.
— Et pourquoi vous cachez de cette femme ? Vous jouez à cache-cache ?
Un rire gêné lui échappe. Il recule de deux pas et pose ses mains en appui sur le plan de travail derrière son dos. Oups ! Je crois que je visé un point sensible.
— Je n’ai pas très envie de la voir, avoue-t-il en évitant mon regard.
C’est bien la première fois de la soirée qu’il ne me regarde pas dans les yeux. Le voir plus vulnérable me donne le courage de le questionner.
— Mauvais souvenirs ?
— On peut dire ça.
— Ancienne petite-amie ?
Il grimace, passe une main dans ses cheveux bruns bouclés. Sur son poignet gauche, une grosse montre attire mon œil, ses doigts s’agitent, et je perçois une bande de peau plus claire sur son annulaire.
— Ancienne femme, dis-je dans un souffle.
Ma correction semble être la bonne puisqu’il lève brusquement le regard vers moi, ses iris assombris par un sentiment que j’ai du mal à identifier. Noël hoche furtivement la tête, hausse une épaule.
— C’est compliqué, avoue-t-il. Et ce soir, je n’ai vraiment pas envie de la voir.
— Ça va être difficile de l’éviter. L’appartement n’est pas si grand que ça. Mais je veux bien t’accueillir dans mon royaume, ajouté-je avec humour en désignant la cuisine.
Son regard croise à nouveau le mien et il se met à rire, les traits de son visage devenant plus doux à nouveau. Attrapant ma main, il fait une révérence et lâche très sérieusement :
— C’est bien aimable à vous, ma reine.
Mes joues chauffent au contact de ses lèvres sur ma peau, de ses doigts dans ma paume. Je me sens fondre comme neige au soleil, essayant de comprendre si c’est mon cœur qui cogne aussi fort ou si je suis sur le point de m’évanouir.
— En plus ça sent très bon ici, commente-il en se redressant.
Il a l’amabilité de ne pas réagir face à mon visage qui doit ressembler à une tomate alors que je retire brusquement ma main de la sienne. J’étais pas prête à un contact aussi long, je ne suis pas certaine que mon cerveau fonctionne encore. Et juste au moment où je m’apprête à le remercier, l’alarme du four se déclenche et je fais un bon en avant si vertigineux que je m’affale dans ses bras.
Oh la honte…
Dans la précipitation, je me redresse, et essaye de reculer mais je me rends compte que ses bras encerclent ma taille et m’emprisonnent contre lui. Contre ce torse chaud et ferme. Son regard se baisse vers moi, ses lèvres dessinent un sourire responsable du réchauffement climatique et sans me quitter des yeux, il tend le bras pour éteindre l’alarme du four.
— Je crois que c’est cuit, souffle-t-il.
Oui, je suis totalement cuite ! Mais ce n’est pas de moi qu’il parle. Cette fois, quand je me recule, il me lâche et s’écarte pour sortir le plat du four. Forcément, il se plante devant moi pour le faire et se penche en exposant pleinement le galbe de son postérieur.
— J’ai entendu une alarme ! s’affole Leia en débarquant dans la cuisine à toute vitesse.
— C’est le four, réponds-je sans quitter des yeux le derrière du Père Noël.
Lorsqu’il se redresse, je me mord la lèvre et croise le regard rieur de Leia. Prise en flagrant délit !

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